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Jos Hardy:  du hockey au micro, mais toujours un HOMME COMBLÉ

 

On est en 1969.  Les Bruins de Boston affrontent les Seals de Oakland et c'est leur attaque massive qui saute dans la mêlée, avec Bobby Orr et Fred Stanfield comme joueurs de pointe.  Orr s'empare de la rondelle et la tire vers Stanfield.   Entre les deux, un jeune inconnu du nom de Jocelyn Hardy s'interpose et c'est l'échappée.  Quelques secondes plus tard, le jeune Hardy lève les bras au ciel.   Il vient de marquer un but important, en désavantage numérique, contre les Bruins dans ce Garden qui n'a d'yeux que pour Bobby Orr.

"Ce jeu-là, je m'en souviendrai toujours", rappelle aujourd'hui l'animateur de CKCV.  "J'étais pas un joueur vedette, alors je n'ai pas des tonnes de souvenirs du genre.  Mais si j'avais ce jeu sur cassette, je le regarderais encore souvent, avec autant de plaisir".

"Aujourd'hui, à mon émission de ligne ouverte, il y a des gens qui m'appellent et qui me disent que je n'ai rien brisé, dans le hockey.  Ils ont raison et je le reconnais.  Mais je pourrai toujours dire que j'ai joué et que j'ai marqué des buts, dans la ligue Nationale.  Et je suis resté associé au hockey professionnel, pendant une dizaine d'années.  Donc, même si je ne suis pas un Jean Béliveau, je suis quand même content que toutes ces choses me soient arrivées."

Hardy se souviendra également longtemps d'un jeu qui lui avait valu beaucoup de satisfaction même si ca devait lui valoir une sérieuse blessure, qui allait le tenir à l'écart du jeu pendant presqu'un an.

"C'était à la fin de la saison 1969-70.  Les Flyers de Philadelphie luttaient pour une place dans les séries et ils avaient besoin d'un point, avec deux matches à jouer, pour y arriver.  Ils étaient les visiteurs, à Oakland et j'avais marqué le but vainqueur, vers la fin du match.  Le lendemain, ils devaient perdre au compte de 1 à 0, au Spectrum, pour rater les séries par très peu.  À ce moment-là, Bernard Parent m'avait dit que je m'étais fait bien des ennemis chez les Flyers.  Ils n'avaient pas aimé qu'un jeune sorti de nulle part vienne leur enlever de l'argent dans les poches.

"Au début de la saison suivante, Ed Van Impe était venu me frapper dans le dos, bien inutilement.  J'avais subi une fracture  du poignet et je n'avais pratiquement pas joué, durant le reste de la saison."  Tout le monde s'en souvient, Van Impe avait une facon bien particulière de régler des comptes, à cette époque.

Un incident que Jos n'est pas prêt d'oublier.  Pas plus que son premier but dans la ligue Nationale, qu'il avait marqué contre Gerry Desjardins, le gardien de but des Kings de Los Angeles.

Deux coupes

Bien sûr, Hardy n'a jamais trempé les lèvres dans la coupe Stanley, même s'il a joué brièvement dans la ligue Nationale.  Mais il s'est retrouvé du côté des vainqueurs en maintes occasions, dans d'autres circuits.

C'est ainsi que celui qui avait commencé à se faire remarquer, à Jonquière, dans la Ligue du Saguenay-Lac-Saint-Jean, n'oubliera pas la conquête de la Coupe Allen, emblème de la suprématie, dans le hockey senior canadien.  Il évoluait alors avec les Tigres de Victoriaville, de la ligue Senior du Québec.

Cette victoire lui avait d'ailleurs valu un voyage en Europe, où il avait participé au tournoi Bunny Aherne, lequel, à l'époque, était prestigieux et de très fort calibre.

Auparavant, il avait joué une première saison professionnelle, à New Haven, dans la ligue Eastern.  Mais c'est à Victoriaville, alors qu'on avait également joué contre l'équipe Nationale du Canada, qu'il devait être remarqué par un éclaireur des Seals.

C'est ainsi qu'il devenait, l'année suivante, le premier joueur à graduer directement à la ligue Nationale, en provenance d'un circuit de calibre senior.  "Certains parlent aussi de Frank St-Marseille, mais Frank avait gradué de la ligue Internationale."

Après son séjour à Oakland, Hardy était rapatrié par l'organisation du Canadien, une organisation à laquelle il avait appartenu, comme à peu près tous les Québécois qui jouaient du hockey junior, à ce moment-là.  Le Canadien l'assignait aux Voyageurs de la Nouvelle-Écosse et c'est là, à Halifax, qu'il savourait une autre grande conquête, celle de la Coupe Calder.

"Dans cette équipe, on retrouvait Michel Plasse, Wayne Thomas et Michel Deguise, comme gardiens de buts.  Les principaux défenseurs étaient Larry Robinson, Pat Price, Ron Busniuk et Bob Murray.  Parmi les attaquants, il y avait Chuck Lefley, Chuck Arnason, Murray Wilson, Germain Gagnon, Randy Rota, Reynald Comeau, Yvon Lambert et Larry Pleau, entre autres.  L'année suivante, tous ces gars là avaient quitté, pour la ligue Nationale ou l'Association Mondiale.  Nous avions tout une équipe!"

L'AMH

Pour sa part, il avait choisi l'AMH, ou on a pu le voir dans différents uniformes, ceux des Cougars de Chicago, des Crusaders de Cleveland, des Racers d'Indianapolis et enfin, des Mariners de San Diego.

"À ce moment-là, j'avais obtenu $15 000 comptant, comme gratification, pour signer un contrat.  Claude Ruel voulait me garder dans la Ligue Américaine et il me promettait que le Canadien me trouverait ensuite un poste, dans une autre équipe de la ligue Nationale.  Mais j'avais la chance de faire plus d'argent et je ne voulait plus jouer, dans la ligue Américaine.

Mais vers la fin de ses activités, l'AMH n'avait plus d'argent et les clubs ne gardaient qu'un minimum de joueurs sous contrat, si bien que les Mariners ne renouvelaient pas celui de notre concitoyen.  "Me  Norm Caplan avait alors communiqué avec moi, s'offrant à m'obtenir un contrat, dans l'AMH.  Quelques jours plus tard, il m'appelait pour me dire qu'il avait trouvé encore mieux.  Il me demandait de communiquer avec André Veilleux, qui venait d'acheter les Jaros de la Beauce.  Au début, je ne voulais rien savoir, mais après avoir rencontré monsieur Veilleux, je me suis apercu que c'était la meilleure chose qui pouvait m'arriver."

On connaît la suite.  Il a connu de très bons moments dans la Beauce et il a ensuite accompagné Veilleux, à Binghamton, où il est bien fier d'avoir terminé cinquième marqueur de la ligue Américaine, alors qu'il vieillissait et qu'il se dirigeait surtout vers un rôle d'entraîneur.

Commentateur

"Les amateurs de sport, bonsoir,"  Aujourd'hui, c'est lui que vous entendez répondre à des centaines d'intervenants, tous les soirs, à CKCV.

Pour le moment, sa carrière de commentateur est, avant tout, un à-côté puisqu'il est représentant, pour la compagnie Krugher.  Un jour, peut-être, deviendra-t-il commentateur à temps plein, puisqu'il semble se plaire énormément dans ce rôle d'animateur.

"Je n'étais pas le Jean Béliveau du hockey et je ne suis pas le Claude Quenneville de la radio.  Mais, au moins, j'étais dans le hockey et maintenant, je suis à la radio.  Il y a des milliers de gens qui auraient voulu jouer au hockey et qui ne l'ont pas fait, comme il y a des milliers de personnes qui voudraient devenir commentateur sportif.  Je me considère donc chanceux.  Après ma carrière de joueur, j'ai eu la chance de pouvoir travailler dans des domaines qui m'intéressaient.   Je ne suis pas riche, mais je peux toujours vivre à l'aise, sans trop de soucis.

"Pendant que je jouais, j'ai étudié pendant plusieurs étés.  Je voulais alors devenir professeur d'anglais.  Par la suite, je me suis rendu compte que le travail d'enseignant n'avait plus d'attrait pour moi."  Mais derrière le micro, il est presqu'aussi heureux qu'avec un hockey dans les mains, même si rien n'égale la sensation de marquer un but...

 

Journal du Québec, 28 Mai 1983.


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