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Jean-Claude "Jaycee" Tremblay, "Le Magicien de la ligne bleue"

Jean-Claude Tremblay, à l'instar de Georges Vézina, doit être considéré comme le plus grand hockeyeur issu de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.   Habile et intelligent, passeur incomparable et défenseur aimant l'attaque, il savait multiplier les ruses pour dérouter ses rivaux.  Dans la mémoire des amateurs de hockey, il occupe les sommets avec les défenseurs Doug Harvey et Bobby Orr.   Créatif et perfectionniste, il a apporté une dimension nouvelle au rôle de défenseur; il lui arrivait souvent d'éliminer deux joueurs d'une seule passe.

"Sa finesse au jeu, sa vision périphérique de la surface glacée et son talent pour relayer avec précision la rondelle à ses coéquipiers ont fait de lui un quart-arrière de la ligne bleue."  (Red Fisher).

"Pilier de la ligne bleue avec un style unique, il jouait un peu comme un gambler avec le goût du risque."  (Guy Lapointe )

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Carte de Hockey O PEE CHEE 1970-71

Tous l'ont reconnu comme un véritable "magicien avec la rondelle", mais à l'extérieur de la patinoire, ne cherchant pas à s'attirer le feu des réflecteurs, il était renfrogné et bourru, d'où son deuxième surnom de "Ténébreux".  On a dit que c'était la gêne qui le rendait difficile d'approche, car sous son écorce rude, il était un être sensible, chaleureux et captivant.

S'il n'est pas encore admis au Temple de la Renommée, c'est qu'il s'est fait des ennemis en cautionnant l'Association mondiale de Hockey contre la Ligue nationale.  Mais son purgatoire achève et d'ici peu, on lui rendra les honneurs qu'il mérite.

Jean-Claude Tremblay, fils de Robert Tremblay et d'Eva Boily, est né à Saint-Alphonse de Bagotville (La Baie), le 22 janvier 1939.  Dès ses premières années au hockey et en particulier pour le National de Port-Alfred, il s'est fait remarquer comme un coéquipier efficace et excitant.  Évoluant à l'aile gauche, il avait enfilé 71 buts en 1955-1956, à l'âge de 17 ans.

Pour le Canadien jr de Hull-Ottawa, il a conservé sa position à l'aile, mais lorsque Claude Ruel a été blessé et a perdu un oeil, il l'a remplacé à la défense.  En 1957-1958, avec ce club de Sam Pollock, il eut la satisfaction de participer à la conquête de la coupe Memorial.

Après des essais en 1959-1960 et 1960-1961, il a fait sa première saison complète à Montréal en 1961-1962.

Durant les treize années où il a évolué avec le Canadien, Jean-Claude Tremblay a été considéré comme une étoile et il a  remporté la coupe Stanley à cinq reprises.  En 1966, en particulier, le Canadien avait d'abord perdu les deux premières joutes de la finale contre les Red Wings de Détroit.  Grâce à Jean-claude et à quelques autres meneurs, les coéquipiers se regroupèrent et ils gagnèrent les quatre parties suivantes.  Cette année-là, Jean-Claude méritait sûrement le trophée Connie Smythe, mais on lui préféra injustement Roger Crozier, gardien de but des Red Wings, les perdants.

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Carte de Hockey O PEE CHEE 1971-72

À chaque occasion où le Canadien s'appropria la coupe Stanley, Jean-Claude fut considéré comme un des principaux leaders du Club.

"Ne jouant pas de robustesse, il se faisait constamment remarquer lors de ses présences sur les patinoires, comme au Garden de Boston ou à Philadelphie.   Il disputait ses meilleurs matches lorsque ca brassait.  Il était tellement extraordinaire que la première étoile lui revenait presque toujours."  (Marc Tardif).

Le 20 juillet 1972, coup de tonnerre dans le ciel sportif québécois:   alors que Jean-claude est à l'apogée de sa carrière, il quitte le Canadien pour signer une entente avec les Nordiques.  Ce sont des gars comme lui, comme Bobby Hull et comme Gordie Howe qui allaient rendre crédible l'Association mondiale de Hockey.   Alors que Sam Pollock lui donnait un salaire annuel de 60 000$, les Nordiques lui en offraient plus que le double, soit 140 000$, du jamais vu à l'époque.

De 1972 à 1979, Jean-Claude en a mis plein la vue à tous les partisans des Nordiques; c'est lui qui a sauvé la concession dans ses premières années.

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Dans la Ligue nationale ou dans l'Association mondiale, il a fièrement porté le chandail No 3 qui, avant lui chez le Canadien, avait été rendu célèbre par Joe Hall, Sylvio Mantha, Emile "Butch" Bouchard et d'autres grands noms.

Avec le Canadien de Montréal, en douze saisons et 794 parties, il a compté 57 buts et obtenu 306 aides; il a été choisi sur la première équipe d'étoiles en 1971 et sur la deuxième en 1968.  Participant à 108 matches durant les éliminatoires, il a marqué 14 buts et fourni 51 aides.

Dans l'Association mondiale de hockey, en 7 saisons et 454 matches, il a produit 66 buts et récolté 358 aides pour atteindre au total 424 points.

Mesurant 5 pieds et 11 pouces avec un poids de 178 livres, ce grand joueur étoile était de la race des increvables.  Lors de sa première année avec les Nordiques, alors qu'on lui donnait un temps de glace de 45 minutes par match, on lui fit subir, en février, un examen à l'hôpital Saint-Francois d'Assise.  À la lumière d'un électrocardiogramme, on crut que l'athlète subissait une crise cardiaque.  Par mesure de prudence, on le fit transporter par ambulance à Montréal afin de le confier aux soins du Dr Pierre Grondin, cardiologue réputé.  Le verdict du spécialiste fut on ne peut plus clair:  non seulement Jean-Claude n'était pas malade, mais il possédait un coeur dont la puissance étonnait tous les connaisseurs.  Rapidement, "Jaycee" sauta dans le premier avion en partance pour Québec et, le soir même, il s'octroyait 40 minutes d'action dans un match régulier des Nordiques.

Lors de la série où son équipe gagna la coupe Avco en 1976-1977, le vétéran, alors âgé de 38 ans, évolua avec un tel brio qu'il donna l'impression de posséder la fontaine de jouvence; pourtant, il souffrait d'un rein gravement affaibli, qu'il devait se faire enlever peu après.  Il était déjà atteint de la maladie qui devait l'emporter dix-sept ans plus tard.

Ayant perdu confiance aux possibilités de leur "joueur concession", les autorités renouvelèrent son contrat avec une diminution de salaire de 50 000$; les Nordiques, qu'il avait portés à bout de bras durant sept ans, se montraient bien ingrats envers lui.  Cependant, de même que le gouverneur Frontenac avait autrefois promis de répondre à l'amiral William Phips "par la bouche de ses canons", ainsi, Jean-Claude Tremblay, dès l'automne 1977, répliqua à sa facon en prouvant aux Maurice Filion, Jean Lesage, Marcel Aubut et autres, qu'il n'avait rien perdu, ni son talent, ni sa vigueur, ni ses trucs de "magicien".

À la fin de la saison 1979, il quittait le club des Nordiques, car il allait occuper un poste de joueur-entraîneur d'une équipe suisse.  L'expérience a été de courte durée, mais il est demeuré en Suisse.  De 1985 à 1994, il était à l'emploi du Canadien comme recruteur, en Europe.  C'est à lui qu'on doit la découverte de Jyrki Lumme et de Saku Koivu, le premier choix du Canadien au repêchage de 1993.

"En Europe, les dépisteurs l'avaient surnommé "inspecteur Clouzot" à cause de sa casquette et de son air un peu bougon." (Ronald Corey).

Le samedi 10 octobre 1980, le Conseil municipal de sa ville natale, La Baie, lui rend hommage en donnant à l'aréna local le nom de "Centre sportif Jean-Claude-Tremblay".  C'est une reconnaissance qui le touche beaucoup et il en saura gré aux édiles municipaux.

Le dimanche 28 novembre 1994, à l'occasion d'un match amical entre les anciens porte-couleurs des Canadiens et des Nordiques, le Colisée de Québec rend aussi hommage à Jean-Claude Tremblay.  Une bannière portant le numéro 3 de son célèbre chandail est hissée sur les hauteurs du colisée tandis que Michel Goulet, une autre ex-étoile des Nordiques, originaire de Péribonka, remet un chandail personnalisé aux deux filles de Jean-Claude, Myriam et Suzanne.

Jean-Claude avait fort apprécié cette marque d'estime à son endroit, mais il n'avait pu assister à la cérémonie parce qu'il était en phase terminale du cancer, à l'Hôpital Général de Montréal.

Il décéda dans l'après-midi du 7 décembre 1994, à l'âge de 55 ans et 10 mois.  Après ses funérailles, célébrées le samedi 10 décembre 1994, en la cathédrale Marie-Reine-du Monde, l'inhumation des cendres se fit au cimetière de sa ville natale, La Baie.  À cette occasion, les éloges à son endroit furent unanimes.

Un des plus grands joueurs à porter les couleurs du Canadien, il avait été une grande "Étoile" partout où il était passé.  Il avait donné de la crédibilité à la naissante Association mondiale de Hockey et c'est grâce à lui si les Nordiques avaient pu survivre.

Source:  Municipalité de Ville de La Baie.

              Progrès-Dimanche, 11 décembre 1994.

              Journal de Québec, 14 octobre 1980.

             Le Quotidien, 8 décembre 1994.

             Le Soleil, 9 octobre 1979, 27 novembre, 28 novembre et 8 décembre 1994.




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